DIDIER GROSHENS Equipe C.O. Garde Républicaine

DIDIER GROSHENS Equipe C.O. Garde Républicaine

JEUDI 09 JUIN 2011 Accident de voiture en Belgique

Je publie cet article ou pas ? Je relate ce qui nous est arrivé ou pas ? Suis je capable d'employer les bons termes pour expliquer pourquoi Nadine Pereira et moi sommes toujours en vie, pourquoi cela nous est arrivé à nous, pourquoi... A force de réfléchir sur mon lit d'hôpital, je me dis que j'ai beaucoup de chance d'être vivant, d'être encore entier et que, de ce fait, je peux relater les faits. Donc, à partir du mardi 14 juin, je vais essayer de relater le déroulement de ces journées particulières. Particulières car moi, je découvre le monde hospitalier... Un comble alors que mon épouse est infirmière ! Mais jusqu'au jeudi 9 juin, je n'avais jamais été hospitalisé, je n'avais jamais eu une perfusion dans un bras (j'ai rattrapé le retard depuis...), jamais passé une nuit à l'hôpital, jamais dû me faire faire la "toilette" par une infirmière (pas désagréable néanmoins... lol).

 

 

Ma vie, (nos vies, égoïste que je suis, mais c'est plus facile de parler de moi) a failli basculer le jeudi 9 juin à 13h45 sur la nationale 4 à hauteur de Ciney. Cette ville se situe en Belgique près de DINANT, à 50km au nord de Charleville-Mézière.
Depuis mardi, je suis en stage avec l'équipe de France militaire pour préparer les Jeux Mondiaux Militaires du mois de juillet. Après avoir participé au championnat militaire belge mercredi, Laurent a mis sur pied un stage de 2 jours suivi de 3 jours de compétitions (« Les 3 jours de Belgique »). Jeudi matin, on se rend au camp militaire de Marche en Famenne où l'on retrouve les équipes nationales néerlandaises et allemandes en stage comme nous.
Christian Stoffels, le coach belge, nous a préparé les exercices dans le camp militaire du Roi Albert. Moi, je ne me sens pas bien et la fièvre que j'ai depuis quelques jours ne passe pas. J'ai beaucoup de vertiges et suis particulièrement fatigué. A l'issue de l'entraînement, je prends la décision, en accord avec Laurent, de rentrer sur la Base Aérienne de Florennes (endroit où l'on est hébergé) de récupérer des affaires et de rentrer voir un médecin en France. A midi, on déjeune avec toute l'équipe au mess du camp Albert, et Nadine ayant d'énormes ampoules aux pieds va m'accompagner car je ne me sens pas en mesure de conduire. Vers 13h15, on prend congé du groupe et Nadine s'installe au volant. Pour être franc, c'est moi qui me suis mis au volant, mais Nadine a insisté pour conduire, vu mon état fiévreux...  A 13h45, c'est l'accident. Soudainement, je vois une voiture roulant en sens inverse de nous quitter sa voie de circulation, faire une énorme embardée et à ce moment précis, j'ai souvenir de m'être dit : "on n'y échappera pas........"

Le choc frontal est violent (90km/h selon l'enquête de police). Je perds aussitôt connaissance car lorsque je me réveille, je vois Nadine assise à côté de moi, consciente. Je lui caresse la joue et lui demande si tout va bien... Elle aussi a perdu connaissance sous la violence du choc... Elle me dit qu'elle a les jambes coincées et me demande où l'on est... Je ne sais pas moi même ce qui s'est passé... Où est-on? Je pense que l'on est dans le bas côté de la chaussée... J'ai mal au côté gauche au niveau du bassin et j'ai du mal à respirer... J'ai le réflexe de couper le contact et je vois de la fumée s'échapper sur le devant de la voiture. Une femme se penche sur moi en me disant de ne pas bouger, que les secours sont sur place... Cet accident a nécessité un déploiement important des différents services de secours : 3 équipes médicales du SMUR, 4 VSAB (2 de Namur, 1 de Ciney et 1 de Dinant) plus 16 pompiers sont autour des 2 voitures. Le trafic a été coupé dans les deux sens sur une portion de 2,5 km de la route Charlemgne et une déviation a été mise en place. Le trafic a été rétabli dans les deux sens à 16h50. C'est drôle car je ne me souviens pas avoir entendu les sirènes, de brouhaha, de voix autour de nous. On m'extrait de la voiture et l'on me dirige vers un VSAB. Au passage, je distingue une personne ensanglantée dans un amas de ferraille. On m'installe dans l'ambulance, on me perfuse, masque à oxygène et je suis incapable de répondre aux différentes questions du médecin. Où suis-je, que fais-je, quel jour est-on, que s'est-il passé ? J'arrive aux urgences du Centre Hospitalier de Dinant et je suis directement pris en charge par le personnel soignant... Radios, scanner... Je reprends tout doucement mes esprits en attendant le diagnostic des médecins... Je téléphone à Laurent pour l'avertir de l'accident. A partir de cet instant, il va se charger de gérer l'essentiel et de rester avec nous jusqu'à notre évacuation sur la France. Un grand merci à lui.

 

 

 



Aux urgences, je sais que j'ai eu un accident de la route mais pas moyen de me rappeler le déroulement du scénario. Je devais m'être endormi... Comment va Nadine, comment vont les autres
personnes accidentées ?? On me rassure en me disant que mon amie a été transférée dans un autre hôpital et que les premières blessures constatées ne sont pas très graves. Elle souffre de fractures ouvertes sur le bras gauche mais il faut attendre, tout comme pour moi, les  résultats des scanners pour en savoir plus...
Le verdict tombe vers 15h30, et le médecin m'annonce que ma rate est fissurée mais que la capsule l'entourant n'est pas abimée. Donc à priori, cela exclut le risque d'hémorragie. (J'ai découvert, plus tard sur mon compte rendu d'hospitalisation, que j'avais eu aussi une commotion cérébrale et deux épanchements pleuraux bi latéraux prédominant à gauche). Autres blessures, le muscle  ilio-psoas (anciennement muscle psoas-iliaque)  est partiellement désinséré et j'ai des hématomes  sur les genoux et tibias suite au choc avec le tableau de bord. On me conduit en salle de réanimation et soins intensifs. Je me retrouve dans une chambre, relié par des perfusions à un monitoring qui affiche pleins d'indications. Maintenant que le diagnostic est clair, je prends la décision d'appeler mon épouse pour l'avertir de l'accident. Heureusement, la doctoresse est présente à ce moment et peut lui expliquer mieux que moi le problème. Mon épouse étant elle même infirmière, cela facilite la compréhension... La stupeur, et la peur surtout, passées, mon épouse reprend vite le dessus et me montre sa force de caractère. Cela me rassure et me donne le moral pour affronter les prochaines heures qui vont être assez difficiles à vivre à cause des douleurs intercostales qui m'empêchent de respirer normalement, et de me tenir correctement dans le lit...
J'ai la marque de la ceinture (qui m'a assurément sauvé la vie, ainsi que le déclenchement des airbags) qui est "imprimée" sur mon corps... On m'explique que le choc a été très violent (effet de "blast") et que ma constitution abdominale musclée a réduit fortement le déplacement des organes situés dans l'abdomen... Ma première nuit à l'hôpital va être pénible mais je me raisonne en me disant qu'il y aurait pu ne pas avoir de nuit du tout... Les infirmières viennent me voir toutes les 2 heures pour faire des prélèvements... Samedi à midi, j'ai le droit de boire mon premier verre d'eau accompagné d'une boisson énergétique (Fortimel  Regular de Nutricia pour ne pas faire de pub... Excellent au chocolat). Ce n'est que dimanche midi que je goute à un repas solide mais très léger. C'est aussi ce jour là que je vais quitter le service des soins intensifs. C'est avec beaucoup de   regrets que je quitte ce service et son personnel dévoué et efficace. Ces infirmières font face à toutes sortes de problèmes avec calme, professionnalisme et sang froid et aussi avec beaucoup d'humour, preuve en est leur débriefing lors du passage des consignes entre l'équipe de la nuit et l'équipe du matin... A les entendre raconter les péripéties survenues lors d'une nuit (que j'ai vécu depuis mon lit) où c'était vraiment le "cirque" avec certains patients, je ne pouvais m'empêcher de rigoler malgré mes douleurs intercostales... Je pense que dans ce genre de service, il faut cette ambiance là pour être efficace.

A partir de dimanche après midi, je me retrouve en service de chirurgie, chambre 62 (tiens, mon année de naissance) et découvre un autre univers. En face de ma chambre, c'est la chambre 67, numéro de mon département familial... Que de coïncidences...  Les journées se passent à répondre aux nombreux coups de téléphone et à voir Laurent qui fait la navette entre les 2 hôpitaux. Le temps me semble un peu plus long car les infirmières ne passent pas aussi souvent me voir...
C'est vrai qu'auparavant, j'étais un patient "privilégié" et que maintenant, après 72h00 de surveillance, il n'y a plus d'urgence. Je garde les perfusions jusqu'à lundi après midi. Les médicaments anti-douleur me seront administrés par comprimés. Je fais mes premiers pas ce même jour... Lit , fauteuil. Fauteuil, lit. Tout un programme... On commence à parler de rapatriement en France. Je communique régulièrement par téléphone avec Nadine que je n'ai toujours pas revue depuis l'accident. Laurent qui est resté sur place, gère tout ce qui est administratif : le consulat de Belgique, l'attaché de défense aux Pays Bas, le service de santé des armées, le CNSD etc... De mon côté, je ne compte plus le nombre de coups de téléphone et de SMS reçus pour avoir de mes nouvelles. J'en profite pour remercier la Direction de la Gendarmerie, le CNSD, le 1er régiment d'Infanterie de la Garde, mon capitaine d'unité pour tous les messages de soutien à mon profit et à ma famille et au service de santé qui s'est occupé du rapatriement. Merci à ma famille, belle famille et à tous les copains (ines), les amis(es) et en particulier à Seb Terrien qui, de passage dans la région, est venu passer 2 heures avec moi dimanche.
Mardi matin, je passe un scanner de contrôle pour voir où en est la cicatrisation de la rate... Le professeur du service vient me rassurer et m'informe que tout rentre doucement dans l'ordre. Il faut compter 3 semaines pour une cicatrisation complète. L'enveloppe a bien résisté et il ne subsiste que quelques hématomes qui vont se résorber tout doucement. En remontant dans ma chambre, un inspecteur de police m'attend pour prendre ma déposition. Je lui raconte ce que je pense avoir vu et il me confirme mes dires. « A la hauteur d'un parking, une renault Clio a brusquement fait un écart à gauche et est rentrée en collision avec nous ». Selon les nombreux témoins présents sur place, le conducteur de la clio a été surpris par la présence d'un tracteur agricole qui, bien que se trouvant à l'arrêt, était en position pour s'engager sur cette route. Il me dit aussi qu'une des 2 personnes est sortie du coma et que son pronostic vital n'est plus engagé. Ouf, gros soulagement.

Donc c'est OK pour un départ pour la France. Reste à connaître le moyen de transport. Cela dépend beaucoup de l'état de santé de Nadine qui est plus préoccupant que le mien. On s'oriente vers une évacuation sanitaire par hélicoptère sur l'hôpital de Percy, en région parisienne. On est mercredi et plusieurs contacts sont noués entre différents organismes militaires pour régler les détails de l'opération mais rien ne se fera ce jour. Les douleurs costales s'estompent un peu mais c'est différent la nuit où, allongé, le moindre mouvement est douloureux. « Allez, arrête de te plaindre, tu es vivant et en entier !! »
Laurent se partage les journées entre nous deux et vient me voir un peu vers midi, part voir Nadine et revient me voir vers 20h00.
Jeudi, cela fait une semaine que l'accident a eu lieu. Je ne peux m'empêcher de me dire que ces 7 jours ont passé à une vitesse folle. J'ai l'impression que c'était hier... A 15h45, le coup de téléphone tant attendu arrive enfin. Le colonel qui gère le rapatriement au Service de Santé des Armées m'annonce qu'un hélicoptère va venir me récupérer vers 20h00 ce soir à Dinant. Ensuite, il est prévu d'aller chercher Nadine à une trentaine de kilomètre d'ici et de nous rendre sur l'hôpital de Percy à Paris. Quelle bonne nouvelle.
J'avertis le personnel hospitalier de l'horaire d'arrivée de l'hélicoptère car celui-ci doit se poser sur un stade de football et la zone doit être sécurisée par la police. Laurent me rejoint et à 19h45, il est avec moi pour m'aider à rejoindre la zone d'aterrissage. L'hélicoptère "super puma" présidentiel médicalisé (celui qui accompagne le Président de la République lors des visites d'état en France à Orly) nous y attend. Une fois installé à bord, le médecin et l'infirmière me font un check up complet (cœur, glycémie, tension) qui sera répété 3/4 fois tout au long du voyage. On décolle à 20h00 et je peux, pour la première fois, voir l'environnement de l'endroit où j'ai passé une semaine.  A 20h20, on se pose sur la DZ de l'hôpital de Mont-Godinne où Nadine nous attend. C'est avec beaucoup d'émotion que l'on se retrouve... A 20h45, on décolle et à 22h00 on se pose sur le toit de l'hôpital militaire de Percy.

 

 

 

Malgré la situation, l'arrivée sur Paris restera quand même un grand moment car on a survolé, à quelques centaines de mètres, le stade de France, Montmartre, la tour Eiffel, la Défense (j'ai même aperçu les immeubles de la caserne où on est logé), le Mont Valérien, l'hippodrome de Longchamp et enfin l'hôpital. Je soupçonne le pilote de nous avoir fait un beau cadeau pour notre retour en France... Le médecin me fait descendre en premier et je tombe dans les bras de mon épouse et ensuite de ma fille.

 

 

 

 

Mon capitaine d'unité, que je remercie grandement, était aussi présent pour vivre ce moment que je ne suis pas près d'oublier. Je suis pris en charge par les pompiers qui nous descendent aux service des urgences. Je discute avec mon épouse, ma fille et mon capitaine en attendant l'arrivée de Nadine. Celle-ci nous rejoint quelques 20' plus tard. Mon épouse peut enfin lui dire quelques mots (Nadine était venue chez nous l'année dernière). A 23h00, on nous fait un scanner complet. Celui-ci fait apparaître un trait de fracture sur la 10ème côte et confirme que la rate se reconstitue normalement. Ma famille et mon capitaine repartent et à minuit, on nous monte en chambre.

Je passe mon vendredi à envoyer des SMS et à recevoir plein de coups de téléphone. La visite de Frédéric Parzych me fait bien plaisir. Celui-ci en profite pour aller voir Nadine. Celle-ci doit se refaire opérer pour les fractures de son bras. Le chef de service vient me voir dans l'après midi et m'informe qu'il m'autorise à rentrer chez moi samedi après midi. Cette nouvelle me fait très plaisir car je commence à trouver le temps long ici. Les douleurs sont toujours présentes mais supportables grâce aux médicaments.

Samedi après midi, Yoyo vient me chercher (mon épouse travaillant ce week-end), et l'on va voir Nadine avant de partir. Celle-ci va rester encore quelques jours à l'hôpital mais son mari va la rejoindre et passer quelques nuits à la maison.

Pour moi, c'est la fin du périple avec le retour à la maison et le repos complet pendant quelques temps afin que la rate reprenne son aspect normal et que le muscle du ilio-psoas reprenne sa fonction.

 

En conclusion, cinq phrases sont à retenir :
- cela n'arrive pas qu'aux autres,

- on a eu beaucoup de chance,
- ce n'était pas notre heure,
- le destin ne se commande pas,
- la ceinture de sécurité nous a sauvé la vie.

 

MERCI A TOUS CEUX QUI NOUS ONT TÉMOIGNÉ LEUR SOUTIEN PAR DES MAILS,  DES SMS,  DES APPELS TÉLÉPHONIQUES ET PAR LEUR PRÉSENCE ET LEURS PENSEES. En particulier à Laurent qui est resté avec nous jusqu'au bout et qui est rentré à 3h00 du matin en voiture vendredi.

Merci à la hiérarchie militaire (CNSD de Fontainebleau, Direction de la Gendarmerie et Garde Républicaine) pour son aide.

Merci aux personnels du Consulat de Belgique, aux services de l'Attaché Militaire des Pays Bas et aux Services de Santé des Armées.

MERCI AUX PERSONNELS HOSPITALIERS DES HOPITAUX DE DINANT, (surtout le personnel des soins intensifs), et de PERCY à PARIS.

 

Profitez bien de la vie... Et attachez votre ceinture.

 

INFOS DU 7 JUILLET : suite à une conversation téléphonique avec la police de Ciney, le conducteur belge est rentré chez lui mais son passager, pronostic vital engagé pendant de nombreux jours, est maintenant dans le service des soins intensifs.



20/06/2011
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